Toujours la liberté joue avec les limites : l'indépendance est absence de contraintes, mais l'autonomie est faculté de s'obliger. Si être libre, c'est faire ce qu'on ne veut pas, il faut encore savoir ce qu'on ne veut pas : on ne peut pas sérieusement approuver sans réprouver , ni prescrire sans proscrire. Interdire d'interdire, c'est encore interdire ! L'interdit est ainsi la marque d'une liberté conséquente : qui tient la vie pour une valeur tient forcement le meurtre en horreur. Pour autant, l'interdit comportera toujours une part d'arbitraire, qui pose le problème de sa justice et de sa justesse : on peut avoir bien des raisons pour planter des sens interdits comme pour les transgresser. [...] Ainsi pris entre liberté et nécessite, l'interdit relève tantôt de l'obligation (que propose notre ideal librement consenti), tantôt de la contrainte (qu'impose la crainte du blâme, de la sanction pénale ou du châtiment divin) : difficile d'échapper aux extrêmes pour dessiner un juste milieu ideal entre société permissive et société répressive; difficile de savoir qui décide de l'interdit et en fixe l'objet. Mais toute culture (et tout homme) hiérarchise ses interdits en posant des limites qu'on peut toujours reculer et des bornes qu'il ne faut pas franchir en oubliant parfois l'affinité troublante du désir et de la peur : on ne s'interdit que ce qui nous tente..


